Christyn Cianfarani
29 novembre, 11h00, Ottawa (Ontario)

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Bonjour et merci de m'avoir invité à vous parler aujourd'hui. Dans mon allocution d'ouverture, j'aimerais vous donner le point de vue de l'industrie canadienne de la défense sur la recapitalisation de la Marine royale canadienne et de la Garde côtière canadienne.
Il y a six ans, le gouvernement a dévoilé la Stratégie nationale d'approvisionnement en matière de construction navale, maintenant appelée Stratégie nationale de construction navale ou SNS. Le principe fondamental de la NSS est que cette recapitalisation historiquement importante de la Marine royale canadienne et de la Garde côtière sera effectuée au Canada. Les objectifs qui sous-tendent ce principe sont doubles. Premièrement, assurer la prévisibilité de l'approvisionnement fédéral en matière de navires. Deuxièmement, mettre fin aux cycles d'expansion et de récession qui ont caractérisé la construction navale canadienne dans le passé. Ensemble, le résultat peut être un plan de construction navale durable et à long terme qui profite aux Canadiens et à l'industrie maritime canadienne.
Le CADSI appuie pleinement le principe et les objectifs de la NSS.
L'un des points forts de la NSS est que, dès le premier jour, elle a reçu un fort appui de tous les partis au Parlement. Je dirais que c'est parce qu'il s'agit d'une proposition de bon sens. Dépenser des dizaines de milliards de dollars de contribuables sur une période de deux ou trois décennies pour recapitaliser la marine et la garde côtière représente une occasion rare et réalisable. L'occasion est de revitaliser l'industrie canadienne de la construction navale, d'accroître les emplois à haut salaire dans tout le pays et de stimuler l'innovation.
De plus, à un moment où le gouvernement fédéral tente de relancer l'économie canadienne de son ornière de croissance lente, les projets qui composent le NSS sont sur le point d'avoir des retombées économiques importantes à court et à moyen terme, fonctionnant efficacement comme les mesures de stimulation de l'infrastructure dans lesquelles le gouvernement actuel investit.
ISDE dispose d'un modèle économique pour l'industrie maritime fondé sur les multiplicateurs entrées-sorties établis par Statistique Canada. En moyenne, un million de dollars de contrats NSS signés représentent 1,3 million de dollars du PIB et 14,5 emplois à l'économie canadienne. Pour la portion des grands navires de NSS qui correspond, selon les contrats conclus à ce jour, à près de 4,4 milliards de dollars du PIB et jusqu'à 5 500 emplois créés ou maintenus par année entre 2012 et 2022. Lorsque vous considérez qu'une estimation gouvernementale du coût total du programme de construction de gros navires sur 25 ans est de plus de 111 milliards de dollars, ce qui comprend les coûts d'immobilisations, de personnel, d'exploitation, de soutien en service et d'entretien, vous pouvez voir à quel point l'impact économique global du NSS sera important.
Enfin, il convient de mentionner que le Canada est un pays du G-7 et que chaque pays du G-7 possède une importante industrie nationale de la construction navale, dont certains soumissionneront activement pour la conception et la construction du Combattant de surface canadien.
Si vous entendez quelqu'un essayer de vous convaincre qu'il peut offrir une « approche alternative » au NSS, que les exigences du Canada en matière de retombées industrielles devraient être assouplies, alors c'est très probablement trop beau pour être vrai. Il s'agit de l'une de ces très rares industries considérées comme vraiment stratégiques et vitales pour les économies, sinon les défenses nationales, des principaux pays du monde.
Cela dit, certains soutiennent que le Canada devrait recapitaliser la MRC en achetant à l'étranger et « sur le marché ». Ils diraient que le Canada n'a aucune activité dans le domaine de la construction navale parce que nous ne le faisons pas bien.
Cette allégation ne tient pas la route.
Le Canada a une longue et impressionnante histoire dans la construction navale. Les deux derniers achats importants de navires de marine canadiens — le programme de destroyers de classe Iroquois des années 1960 et au début des années 1970 et le programme des frégates de classe Halifax des années 1980 et au début des années 1990 — ont été effectués au Canada dans des chantiers navals canadiens et par l'industrie maritime canadienne. Je sais que vous avez récemment entendu parler du succès de la récente modernisation du programme des frégates de classe Halifax. Cela est dû, en partie, aux industries maritimes du Canada.
À l'époque, comme aujourd'hui, il y avait des controverses au sujet de ces programmes, en particulier sur les frégates, principalement en ce qui concerne le coût, le calendrier et la capacité de l'industrie canadienne de livrer. Cela vous semble familier ? Pourtant, en dernière analyse, l'industrie canadienne a fourni une capacité impressionnante avec la classe Halifax qui a bien servi le Canada et la MRC pendant un quart de siècle et qui a mené à d'importantes exportations de composants et de technologies développés ici même.
En fait, le Canada s'est montré très compétent dans le domaine de la construction navale militaire dans le passé, et nous pouvons le faire de nouveau si nous avons la détermination de maintenir le cap avec le NSS et d'avoir la bonne perspective.
Nous ne devrions pas non plus nous laisser séduire par l'autocollant « prêt à l'utilisation » du pare-chocs. Notre modèle d'achat militaire bien établi nous indique qu'au Canada, il n'y a pas vraiment d'acquisition de plates-formes complexes sur le marché. Ces solutions dites « disponibles sur le marché » sont fréquemment modifiées, souvent de façon importante, par le biais de multiples « ordres de changement » pour répondre aux besoins et aux exigences uniques du Canada. Nous devrions donc bâtir l'industrie canadienne pour répondre à ces besoins uniques, comme le font nos alliés.
Au cours des deux dernières années, au fur et à mesure que le NSS a commencé, la fixation a été la « coupe de l'acier », ou pour être plus précis, le travail sur les coques de ces navires. C'est la partie la plus visible de la construction navale. Et elle est exécutée sur les côtes est et ouest. Cela créera des emplois et de la croissance. Environ 17 % de l'ensemble des emplois dans le secteur de la défense se trouvaient au Canada atlantique en 2014, avant même le début des travaux du NSS. Ce nombre augmentera considérablement au cours des prochaines années.
Bien que la coupe de l'acier soit évidemment un travail important et précieux, nous devons également tenir compte du fait que la coque ne représente généralement qu'environ 35 % du coût d'un navire de guerre. Cinquante pour cent de la valeur réside dans la plateforme et les systèmes de mission, et environ 15 % dans la conception et l'intégration des systèmes. Ces emplois paient en moyenne 60 % de plus que le salaire moyen de la fabrication. Ce sont des emplois qui emploient des ingénieurs, des techniciens et des technologues bien rémunérés qui représentent 30 % de la main-d'œuvre de l'industrie de la défense.
Selon des études sur la base industrielle maritime canadienne réalisées par Innovation, Sciences et Développement économique Canada et Statistique Canada, le Canada possède des capacités importantes dans certains de ces autres domaines de la construction navale, comme les systèmes et composants des missions navales, l'entretien, la réparation et la révision, et la simulation. Et notre force dans ces capacités est en partie un héritage de la construction antérieure de navires de guerre au Canada.
Ne perdons pas de vue les possibilités de stimuler l'innovation, l'emploi salarié élevé et les exportations dans la partie moins visible, mais plus précieuse, de la recapitalisation navale. La phase initiale d'acquisition d'un contrat représente une proportion moindre des coûts que les coûts du cycle de vie, qui comprennent les mises à niveau à mi-vie, les insertions technologiques et la soutabilité à long terme. C'est dans ces secteurs que l'industrie canadienne peut obtenir le meilleur retour sur investissement. Si nous perdons de vue ce potentiel parce que « couper l'acier pour 15 navires » est notre seul objectif, nous aurons raté l'occasion d'une génération.
Pour sa part, le CADSI participe activement à la recherche sur la base industrielle maritime canadienne avec ISDE. Ces travaux permettront au gouvernement et à l'industrie de mieux comprendre les capacités maritimes de pointe qui existent au Canada. Cela contribue à faire en sorte que les entreprises canadiennes compétentes aient une juste idée des systèmes, de l'intégration des systèmes et des autres travaux futurs.
Enfin, je voudrais dire quelques mots sur la budgétisation. On estime que la recapitalisation de la MRC coûtera environ 30 milliards de dollars sur 20 ans. Mais il est maintenant admis que ces estimations initiales, effectuées de bonne foi il y a des années, ont besoin d'être rajustées à la hausse. À elle seule, l'inflation des navires de guerre, qui se situe entre 9 et 11 % aux États-Unis, a considérablement augmenté ce nombre. De plus, comme tout homme d'affaires le sait, les coûts réels des programmes de ce complexe ne deviennent clairs que lorsque vous approchez de la conception et de la construction, ce que nous ne faisons que maintenant. Ce n'est pas unique au Canada.
À l'avenir, le gouvernement doit faire preuve de souplesse en général pour ajuster les estimations de coûts au fil du temps à mesure que les hypothèses changent en raison de l'évolution des variables. Ni l'industrie ni le gouvernement n'ont beaucoup de contrôle sur le prix de l'acier, les taux de change, les coûts des autres intrants et les progrès technologiques. Ces coûts auront changé depuis le début du projet.
En conclusion, en tant que pays qui compte quelque 58 000 kilomètres de côtes continentales sur trois océans, un plateau continental important et de nouveaux défis à sa souveraineté dans l'Arctique, le fait d'avoir une marine de premier ordre devrait être considéré comme du pain et du beurre. Le Canada devrait également s'engager fermement à avoir une industrie nationale permanente et durable de la construction navale, comme le font tous ses partenaires du G-7. Le NSS, bien que loin d'être parfait, fournit une feuille de route pour cet état final, et nous devrions nous y tenir. C'est le moment pour nous d'être audacieux et non nerveux. Il est temps d'être résolu face aux défis auxquels nous serons confrontés et de ne pas craindre les décisions que nous devrons prendre.
Je vous remercie de m'avoir invité à comparaître devant votre comité aujourd'hui.
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